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Haïti dans le monde

FLA (faire : l'amour), de Djinn Carrénard et Salomé Blechmans Déconstruire, disent-ils par Olivier Barlet in Africultures




Présenté en ouverture de la Semaine de la Critique au 67ème Festival de Cannes de mai 2014, le deuxième long métrage de Djinn Carrénard, cette fois cosigné par Salomé Blechmans pour la direction artistique, est un film inconfortable et puissant, profondément contemporain et dérangeant, qui a à la fois agacé et marqué les festivaliers. (cf. [article n°12250]) Sa sortie est programmée pour le 3 septembre 2014 dans les salles françaises.

 
Carrénard irrite : le nouvel espoir du cinéma français va là où on ne l'attend pas. Il s'accroche à sa démarche de cinéma guérilla, la pousse à bout, fatigue les critiques pressés et nous livre un film de presque trois heures ! Un conflit ne vient pas en quelques minutes, sinon ça ferait cliché. Hors c'est ça le sujet du film : entre les hommes et les femmes, on n'y échappe pas mais c'est difficile. Il faut le temps que ça s'engraine, que la tension monte, que les mots se lancent et se crachent, qui remplacent les coups mais ne sont pas moins violents. Mais il n'y a pas que les mots : il y a les attitudes, les gestes, les regards... L'ambition de Djinn et Salomé (dorénavant couple dans la vraie vie qui tourne à deux caméras) est de saisir ces surgissements d'intensité que portent les corps en action. C'est dans ces instants que s'exprime le désarroi, ce spleen moderne qui saisit les hommes partagés, qui ne savent plus décider, qui semblent se laisser emporter par ce qui se propose dans l'instant, qui le regrettent, reviennent sur leurs pas, là où ne les attend que ressentiment d'avoir été lâché.


Parce que des deux côtés, hommes et femmes, il y a de la douleur à la clef. Dans cette technique d'Actor's Studio où les comédiens épousent leur personnage dans l'improvisation, l'objectif est de saisir la vérité de cette douleur. Cela passe par des scènes qui durent, forcément inégales mais souvent traversées par des éclairs de justesse qui ne peuvent surgir que de la sincérité. Cela passe aussi par une caméra proche de la peau, qui épouse les gestes sans forcément chercher la beauté, une image qui ne craint ni le grain ni le flou, une chorégraphie très étudiée qui porte la montée en intensité, des éclairages qui approchent parfois la cruauté du reportage, lorsque dans ces lumières naturelles une lampe est accrochée à la caméra et flashe les visages. C'est ensuite un montage très élaboré où le rythme sera celui des corps en mouvement pour accompagner les tensions mais aussi pour mettre en exergue les temps d'attente et de doute où les êtres se scrutent pour savoir comment avancer. C'est parfois un vignettage de l'image dans un cadre de diapositive pour signifier le recul ou la mémoire. C'est en tout cas toujours, ce qui n'est pas pour plaire à tous, la déconstruction des règles qu'adopte le plus souvent le cinéma pour parler d'amour. Car l'enjeu est ici de déconstruire l'idéal que le cinéma implante dans les têtes, cet idéal de fusion amoureuse qu'exprime l'expression "faire l'amour". Déconstruire, cela implique de modifier les hiérarchies, de renverser les rapports de force, de privilégier le sensible sur l'intelligible, l'autre sur le même, l'absence sur la présence. C'est donc sortir de la pensée duelle qui condamnerait l'un pour essentialiser l'autre. C'est déstabiliser et fissurer l'idéalisme, par exemple poser l'indécision comme moteur et non comme une tare indélébile.


Voici donc Ousmanne, le héros de FLA, rappeur noir en quête de succès, un splendide indécidé aux faiblesses si humaines. Il a des élans, comme de convaincre Laure de garder l'enfant d'un soir en lui servant un slam un peu poussif mais qui sait émouvoir une femme elle-même en plein désarroi. Mais ses élans ne débouchent que sur les impasses de l'indécision, jusqu'à s'intéresser d'un peu trop près à la soeur de Laure, Kahina, qui sort de prison et est à cran car elle voudrait voir son enfant placé dans une famille partie en vacances au mauvais moment. Voici donc recomposée la Sainte Trinité du couple à trois dont on sait bien qu'elle génère autant de conflit qu'elle porte d'amour puisqu'à moins d'être de substance purement divine (la relatio de St Thomas d'Aquin), elle est accidentelle avant tout (ce que Thomas d'Aquin ne reniait aucunement). Kahina tombe littéralement dans la vie d'Oussmane et de Laure qui nouaient une relation bizarroïde puisqu'Oussmane, poussé par Laure qui enlève son slip en guise de sucrerie à venir, ose affronter la mer qu'il se gardait d'approcher depuis une enfance haïtienne traumatique. Et voilà que face à la mer (le sentiment ? l'acceptation du rapport ?), Oussmane devient sourd, terrible surdité des hommes face aux femmes, à la fois arme et défense face à la déstabilisation.


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Mardi 10 Juin 2014
Admin C2I
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