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En Haïti

15 mars 2013 > Hommage au groupe "Haïti Littéraire" à FOKAL, Port-au-Prince, Haïti



HAÏTI/LITTÉRATURE/EXPOSITION

« Ô mon pays que voici : […] à quoi bon 1804 ? »

La Fondation connaissance et liberté (Fokal) tient une exposition d’affiches, de textes et de photos des cinq poètes du groupe « Haïti Littéraire », fondé en 1961. Pour rehausser l’éclat de cette exposition-rencontre, Cyto Cavé, Myrtho Casséus, Pierre Brisson et Boulot Valcourt donneront un récital ce vendredi, à la salle Polyvalente Fokal-Unesco.


La Fondation connaissance et liberté (Fokal) organise une exposition de photos et de textes des poètes René Philoctète, Serge Legagneur, Villard Denis « Davertige », Roland Morisseau et Anthony Phelps, pour commémorer l’anniversaire de la constitution du groupe "Haïti Littéraire", créé en 1961. Anthony Phelps s’est prononcé ce mercredi au nom du groupe. Il a, entre autres, rappelé la mort d’Auguste Thénor au Fort Dimanche, sous le règne de Duvalier père. Auguste Thénor, plutôt enclin à la résistance politique active, n’avait presque plus participé aux rencontres de "Haïti Littéraire" , ayant choisi de lutter ouvertement contre le régime de François Duvalier.

Cette exposition se tient alors que le fils-tigre - successeur du père-tigre après la mort de ce dernier en 1971, est en Haïti voici déjà deux ans. Ironie de l’histoire, maintenant muni d’un passeport diplomatique, « Baby Doc » est désormais plus libre de ses faits et gestes que la plupart de ses victimes, encore en vie. Par ailleurs, rappelons que l’administration Martelly/Lamothe avait voulu honorer Georges Castera Fils, Frankétienne et Anthony Phelps. Si Castera s’était plutôt montré blême et taciturne pendant la dite cérémonie, Frankétienne avait pourtant été on ne peut plus élogieux à l’égard de l’administration en place.

Quant à Anthony Phelps, il avait tout bonnement boudé cette invitation officielle et déclaré qu’il refusait toute forme de distinction de la part des autorités haïtiennes tant que Jean Claude Duvalier gambade en toute liberté partout sur le territoire haitien. Ayant lui-même été incarcéré puis contraint à l’exil en 1964, Phelps n’oublie pas. A cette époque, l’atmosphère était si lourde que Phelps s’était demandé « Qui ose rire dans le noir ? » !

Haïti Littéraire, c’est aussi trois femmes : Jacqueline Beaugé, Janine Tavernier puis, un peu plus tard, Marie Vieux Chauvet, l’auteure de l’ « Amour, colère et folie ». Aux dires de Phelps, les cinq poètes de Haïti Littéraire ont servi de modèles à Marie Vieux Chauvet dans la construction des personnages de son roman «Amour, colère et folie ». Sauf Phelps et Legagneur sont encore vivants parmi les hommes de Haïti Littéraire. Du côté des femmes, seulement Marie Vieux Chauvet est morte.

Avec deux beaux-frères, Phelps avait aussi fondé Radio Cacique en 1961. Radio Cacique se voulait être une radio d’éducation culturelle, artistique et littéraire avec une emphase sur la poésie et le théâtre, notamment. Anthony Phelps est né en 1928 à Port-au-Prince. Davertige, le plus jeune du groupe, est né en 1940. Haïti Littéraire regroupait aussi des comédiens, dont Wooley, Phelps et Émile Ollivier.

De commune en commune, partant de Pétion-Ville par Port-au-Prince, Haïti Littéraire faisait également pied-à-terre à Carrefour, à la Galerie Brochette. La Galerie Brochette a été inaugurée par un groupe de de dissidents du Centre d’art de l’Américain Dewitt Peters en 1944. Abusivement qualifiés de naïfs, on retrouvait Jean Claude Garoute « Tiga » et Cedor parmi les peintres de la Galerie Brochette.

Dictature, Poésie, Résistance….

A bien considérer les situations sociopolitiques de l’heure, une grosse question posée par Phelps dans « Mon pays que voici », publié en 1964, demeure encore d’actualité : « A quoi bon ce passé de gloire et de douleur/à quoi bon 1804 ? ». Plus loin, dans ce même poème-fleuve, Phelps s’adresse également à « L’étranger qui marche dans ma ville/souviens-toi que la terre que tu foules/est la terre du poète/est la plus belle/est la plus noble/parce que c’est ma terre natale ».

Et, Philoctète de répondre en écho : « J’ouvre grand ma fenêtre/le soir est invité à la naissance de mon poème/les offrandes de parfum de ma chambre/sont l’esprit de ma terre » ! Voilà ce que nous donne à lire et à revisiter cette exposition de photos, d’affiches et d’extraits de textes des cinq complices de Haïti Littéraire.

Le vernissage de cette exposition a lieu le lundi 11 mars dernier en présence d’Anthony Phelps. L’auteur de « Mon pays que voici » avait retracé l’ambiance de création ayant régné au sein du groupe ainsi que les conditions sociopolitiques avec lesquelles il devait compter. « Comme un grain de silex/l’inévitable » nécessité de dénoncer avec plein de subtilités esthétiques demandant au « soleil/pontife du jour/de rester sur la ville » était tombée parmi eux et ce fut donc « le temps de se parler signes » car, «Ô mon pays que voici […] Je t’aime comme un être de chair […] Je vois ta souffrance/et je connais ta misère » !

Malgré la férocité du régime des Duvalier, d’aucuns ne cessent encore de s’étonner devant la fraîcheur d’âme et l’innocence presqu’infantile caractérisant la poésie de Haïti Littéraire. Les éléments naturels tels que l’air, l’eau, la terre, les villes, les rues, le soleil et la femme, symboles de beauté et d’amour, demeurent les thèmes dominants de Haïti Littéraire.

Parlant de fraîcheur et d’innocence chez les cinq de Haïti Littéraire, il est donc loisible de noter que la dimension onirique des surréalistes et des peintres de la Galerie Brochette est très forte et très présente chez eux. Et Villard Denis « Davertige » de rêver de «Omabarigore/La ville que j’ai créée pour toi/en prenant la mer dans mes bras/et les paysages autour de ma tête». Revenons à René Philoctète disant : « Partout dans mon poème/Margha est une lune en visite à la terre […] Ma parole/tu dors ?» !

Antoine-Hubert Louis

Article extrait du journal Le Matin

Mercredi 20 Mars 2013
Admin C2I
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