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En Haïti

Une histoire du discours sur l'art haïtien par Carlo A. Celius

Carlo Celius et Pierre Clitandre

Carlo A. Célius a été invité par le Comité Hector Hyppolite à partager ses recherches dans le cadre des séries de conférences programmées en hommage au peintre naïf. Nous en avons profité pour rencontrer l'auteur de « Langage plastique et Enonciation identitaire, L'invention de l'art haïtien ». L'historien d'art révèle des aspects historiques de l'émergence de l'art naïf. Il commente, classifie des données et nous fait un panorama du discours sur l'art des années 1930 aux années 1980.



En raison de quelques erreurs glissées dans l'entretien publié dans Le Nouvelliste du 13-15 juin et du 16 juin 2008, nous reprenons dans son intégralité, pour l'histoire, cette importante entrevue.C'est aussi une manière de relancer l'Année Hector Hyppolite un peu éclipsée par la conjoncture politique.

Le Nouvelliste : Carlo Célius, vous venez de publier un livre extrêmement important dans la littérature picturale haïtienne : {« Langage plastique et énonciation identitaire »}. C'est un premier effort pour traduire un long corpus esthétique. Qu'est-ce qui vous a porté à écrire cet ouvrage ?

Carlo A. Célius : Une question est à l'origine de ce travail : qu'est-ce que l'art haïtien ? La réponse qui, au départ, me paraissait évidente, ne l'était plus, dès lors que je commençais à faire attention aux réponses apportées par différents auteurs. C'est ainsi qu'il m'est apparu que l'étude du discours pourrait être d'un grand intérêt. Deux choses ont fini par me convaincre que j'avais là un objet d'études inédit et d'une importance considérable. Tout d'abord, plus je me documentais, plus la production discursive sur la création plastique d'Haïti me paraissait d'une densité insoupçonnée. Et j'étais de plus en plus convaincu du rôle fondamental du discours par rapport à la production matérielle de l'art. Car, en fin de compte, les deux vont ensemble ; les mots et les choses font système. C'est cette proposition qui m'a permis de percevoir l'historicité de la question de l'haïtianité en matière de création plastique. Cette problématique de l'haïtianité surgit au début des années 1930, et c'est autour d'elle que se constitue, pour la première fois dans l'histoire intellectuelle du pays, un véritable « espace discursif » sur la création plastique ; on assiste, à partir de cette date, à l'apparition, à l'organisation et au développement d'un discours autonome sur l'art.

L.N. : Comment cet ouvrage aborde-t-il ce discours par rapport à l'haïtianité ?
C.A.C : Un discours s'est institué. J'ai essayé de dégager les moments clés de son avènement et de son déploiement ainsi que les principaux courants qui l'animent. C'est bien au début des années trente qu'est formulée pour la première fois, dans des textes de Philippe Thoby-Marcelin, de Pétion Savain ou encore de Marcello de Sylla, la problématique de l'haïtianité en matière artistique. Les paramètres définis vont être remis en cause par l'irruption de l'art naïf en 1945-1947. S'engage alors un processus de reformulation à travers des débats qui ont abouti à la cristallisation de tendances divergentes. Ces tendances s'affirment très nettement au début des années 1950, comme en témoignent aussi bien les polémiques dans la presse que quelques travaux de recherche. Les publications postérieures, celles des décennies 70 et 80, ne feront que nuancer, préciser, renforcer, développer le discours déjà institué. À partir de 1945-1947, l'art naïf polarise les débats. C'est autour de ce type d'art que le discours s'organise, c'est par rapport à lui que les différents protagonistes se positionnent. Pour les uns, seule cette forme d'écriture picturale est à même d'exprimer l'haïtianité, ce que les autres contestent.

L.N. : Peut-on dire qu'il y avait d'abord la pratique artistique pendant un bon nombre de temps et ensuite des approches fragmentées, un peu dispersées sur l'art? Vous avez compris la nécessité de faire le lien entre ces approches et l'art dans le sens concret du terme.

C.A.C : Une thèse répandue soutient que le discours est toujours postérieur à l'acte créateur. Mais certains énoncés sont antérieurs à celui-ci et d'autres lui sont concomitants. Il y a une pluralité de formes discursives dont certaines peuvent influer sur la pratique artistique. Le mieux est de déterminer les types de discours et leurs temporalités par rapport à l'activité de production matérielle de l'art, leurs effets possibles ou réels sur cette production. C'est en raison de ces considérations que je considère que le discours fait système avec la production matérielle de l'art. C'est dans cette perspective que j'ai pu soutenir l'idée d'une invention de l'art haïtien, le mot et la chose. Il se trouve que c'est avec cette problématique que se sont développés les courants artistiques du XXe siècle haïtien et le discours qui les accompagne. Création plastique et discours existaient au XIXe siècle. L'organisation de la production était alors faiblement structurée et le discours fragmenté, dispersé, peu développé. On ne peut pas encore parler de la constitution d'un espace discursif propre, comme ce sera le cas à partir des années 30.

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Mercredi 16 Juillet 2008
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