Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
En Haïti

Un article sur le documentaire Des hommes et des dieux par Lionel Labosse

par Lionel Labosse

Cet excellent documentaire ne porte pas sur les homosexuels, ou sur les travestis, ou sur les transgenre, ou sur les noirs, ou sur le vodou. C’est un documentaire sur Haïti, et les gens qu’on y montre ont des personnalités assez fortes — et des « tronches » — pour nourrir une fiction.



Il paraît d’ailleurs que le film a été fort bien accueilli à Haïti. Ils sont tellement « différents » par leur comportement, leur aspect physique, leur langue, leur sexualité, leur religion, leur misère et leur volonté de survivre, que cela les rend étrangement proches de nous. Il est peu de documentaires qui constitueraient un support aussi propice à l’empathie et à la réflexion pour une séquence sur la tolérance, le racisme, l’homophobie, en collège ou en lycée, dans le cadre de la semaine contre le racisme par exemple (il n’y a aucune scène scabreuse, qui empêcherait de l’utiliser en collège). De plus, il règle magistralement le dilemme soulevé en marge du Colloque du 16 mai 2007 contre l’homophobie et pour la diversité par l’éducation sur la question de la pertinence de la « lutte contre la transphobie » en milieu scolaire.


Les réalisatrices, Anne Lescot, membre du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage et Laurence Magloire, se sont intéressées au vodou dans le cadre de recherches en anthropologie. Ce documentaire aborde un aspect particulier de l’altersexualité en Haïti. À travers un groupe d’ami(e)s plus ou moins extravertis, liés par la pratique du vodou, sont évoqués plusieurs aspects de la vie quotidienne. Le cercle s’étend peu à peu, depuis les quolibets lancés sur le marché contre Blandine, traitée de « masisi », jusqu’au pèlerinage à une fête comme celle de Saut d’Eau (sic !), en passant par la famille d’Innocente, ou une discothèque où l’on ne sait plus qui danse avec qui (homme (d’apparence) avec homme ou avec travesti ou avec femme (d’apparence), etc.). Les parents d’Innocente le prennent bien. Pour son père, Dieu l’a créé comme ça, et pour sa mère, ce n’est pas à cause d’elle, mais à cause d’un loa. Il n’y a pas de frontière entre homos, travestis ou transgenre — c’est pourquoi le mot « altersexuels » convient fort bien — et si Madsen ou Innocente se sentent filles, Blandine revendique finalement l’insulte du début, et se dit « masisi-fille ». D’ailleurs elle ne voit pas d’inconvénient à se faire lesbienne avec un autre « masisi-fille » ! Elle fait la pub pour les masisis : chez un masisi, un homme est mieux traité, il mange mieux que chez une femme, etc. On revendique avec beaucoup d’humour de piquer les maris des vraies femmes, et on discute de savoir s’ils sont homos ou pas [1].


Fritzner, lui, se revendique masisi de naissance, et il utilise les termes « homosexuel » et « lesbienne ». Il n’est plus intéressé par les « bêtes à mamelles » ! Le « loa » ou « lwa » du vodou n’a rien à voir avec ça ; c’est un blasphème de le prétendre, et les esprits pourraient se venger. Il est d’apparence masculine. Il est houngan, a quatre enfants, auxquels il sert de père et mère. Érol, artiste et houngan (le seul à s’exprimer en français), explique la stratégie des masisis de se défausser sur les esprits, dans ce pays où l’homosexualité est taboue. C’est pratique de dire qu’Erzuli Dantor m’a réclamé depuis que je suis tout petit. On dit aussi qu’Erzuli a « gâté » quelqu’un, mais je ne sais pas dans quel sens il faut le prendre. Pour lui, le vodou est une religion très tolérante, car on ne croit pas au jugement dernier, on voit l’homme avant l’homosexuel ; il n’y a pas de chef hiérarchique à qui tout rapporter. Pour Innocente, on ne l’insulte plus depuis qu’il est houngan. On accepte d’autant mieux les masisi qu’ils savent danser. Les scènes de danse, que ce soit en discothèque ou dans les cérémonies, jusqu’à la transe de Blandine, sont les plus « tolérantes », effectivement. Les protagonistes expliquent le principe des cérémonies, que l’on retrouvera décrites dans un excellent article d’Elizabeth McAlister : Amour, sexe et genre incarnés : les esprits du vaudou haïtien, dont voici un extrait :

Lire la suite

Retour à la page précédente

Mercredi 25 Juin 2008
Lu 1326 fois


Catalogue des films / Film Catalog

Editeur et distributeur de DVD indépendant, le Collectif 2004 Images est spécialisé dans la production documentaire haïtienne et présente des films d'auteurs inédits, qu'il diffuse auprès du grand public, des festivals de films et dans le réseau des médiathèques et universités. Il intègre également à son catalogue des oeuvres de réalisateurs étrangers, qui portent un regard singulier sur Haïti. Pour connaître les droits de diffusion et d'acquisition, n'hésitez pas à nous contacter info@collectif2004images.org


Independant film publisher and distributor, the Collectif 2004 Images, is specialized on Haitian documentary ; it's large catalog of films includes those made by Haitian authors as well as foreign filmakers baring a singular view on Haiti. Most of our films are available for the general consumer and institutions. Please, check with us for the rights info@collectif2004images.org



Claudia Brutus, plasticienne
L' "Ode à la Mémoire" de Ronald Mevs
Sébastien Jean
Eddy Saint-Martin, plasticien
Manuel Mathieu
20 artistes pour haïti
Chantal Regnault
Marie-Louise Fouchard
 	Le Collectif 2004 Images, présent à la 5ème Journée des associations franco-haïtiennes - le 28 juin 2008
Charles Carrié
Exposition: "Femmes en mythologie, mythologie de femmes" et portraits d'artistes
Seisme du 12 janvier 2010: Des oeuvres à partir des débris...
Recherche



Inscription à la newsletter



L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    

Partager ce site