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Haïti dans le monde

Le Guide de la Caraïbe culturelle 2010 par Yves Chemla




Le Guide de la Caraïbe culturelle 2010
par Yves Chemla


Karole Gizolme, Anne Lescot, Le Guide de la Caraïbe culturelle 2010. Haïti / Guadeloupe / Martinique / Europe, Vents d’Ailleurs / Ici & ailleurs, Gens de la Caraïbe, La Roque d’Anthéron, 2010. ISBN 13 : 978-2-911412-67-7



Voici un ouvrage indispensable, à tous égards, aux professionnels de l’action culturelle. C’est à la fois un guide, un annuaire, une boîte à outils, un répertoire de conseils pour les jeunes créateurs. Ce fort ouvrage de 530 pages  est à lui seul un centre de ressources. Certes, son domaine est la zone Caraïbe, aux contours territoriaux incertains, et les langues mises en avant sont bien le français et le créole. Pourtant d’autres espaces sont abordés, ainsi que d’autres langues.

L’essentiel tient à ceci : que la banalisation des formes culturelles de la Caraïbe est tellement avérée qu’il est devenu nécessaire d’en identifier les acteurs, les institutions et les lieux d’ancrage. Arts visuels, cinéma, musique, littérature, théâtre, danse sont ainsi valorisés. L’ouvrage se présente d’abord comme un guide, organisé en six parties : la première est avant tout géographique (Haïti, Guadeloupe, Martiniqiue, Amériques et autres îles, Europe). Ce sont ensuite, respectivement, les financements, les soutiens et les prix ; les médias ; les métiers du spectacle ; les centres de recherches et de ressources, avant que neuf témoignages ne viennent terminer cette visite. Mise à part la dernière partie, elles sont presque toutes organisées selon le même canevas : des textes d’analyse, des entretiens, des moment de focalisation. La première voit en outre en tête de chaque section géographique, des cartes ainsi qu’une double page de repères chronologiques. Mais le cœur de l’ouvrage demeure bien ces 1960 fiches qui donnent les informations essentielles sur chacun des acteurs. Ainsi, la 1561, celle de Jenny Alpha-Villard, « celle qui nous a montré le chemin », dédicataire de l’ouvrage : profession, métiers, langues, année et lieu de naissance, ville de résidence, coordonnées, sont suivis d’une biographie synthétique, ainsi que d’une liste non exhaustive des mises en scène dans lesquelles la comédienne disparue il y a peu – centenaire, on le rappelle - a joué un rôle, ainsi que de ses récompenses et distinctions.

Trois index, consacrés aux prix et événements, aux structures et aux personnes, en fin de l’ouvrage, permettent de retrouver et de croiser les fiches. Ce guide est particulièrement maniable. Cela est dû en particulier à ses concepteurs graphiques. On ne dira jamais assez combien le travail des Éditions Vents d’ailleurs est exemplaire, autant dans les choix typographique que dans la mise en page, comme dans la qualité finale de l’objet : il supporte les manipulations, ce qui dans le domaine du livre est devenu assez rare pour que cela soit signalé. Karole Gizolme et Anne Lescot ont passé de longues heures à relire et améliorer les fiches, à mener les entretiens de cet ouvrage très complet.

Ce qui se joue dans un tel outil est au moins tridimensionnel : d’abord, il fédère les acteurs d’un espace qui s’affirme d’emblée comme de relations, qu’il confirme et qu’il accentue. Car, c’est peut-être aussi cette clôture qui est train de se lever, inscrite de longue date par l’économie esclavagiste et plantationnaire, dans les êtres, la faune et les paysages : rendus quasi indistincts pendant des siècles au regard extérieur sinon par ses forces de production, en même temps qu’un tropicalisme dépaysant qui masquait politiquement l’âpreté des rapports, cet espace exprime depuis longtemps, en fait, ses différences, ainsi que les parentés qui le tissent. Le rêve récurrent depuis le XIXème siècle d’une « Confédération Antilléenne », anticipée par Marti ou Firmin, est là pour le rappeler, tant dans son projet que dans ses échecs. Le tropisme économique initial est ainsi déconstruit par la culture, dans ce qu’elle a en apparence de moins audacieux, les rapports économiques, précisément. Car cet ouvrage est bien entendu un annuaire professionnel. Il renforce les possibilités de négociations de chacun, et c’est heureux.

La seconde dimension pose comme une évidence vis à vis des institutions de politique culturelle de la France métropolitaine et plus largement des États européens, la nécessité de la différenciation, et qui n’est pas que régionale. Précisément, en raison de ce qui dans la relation et dans la grammaire de ces relations se décale des logiques nationales, le Guide montre que la capillarité des réseaux excède justement les logiques fondées sur le rapport entre centre et périphéries, entre nation et communautés. Ce qui se joue désormais relève de l’hybridité et de déclinaisons plurielles des cultures créoles. Ce qu’il importe, résolument, est que soient dépassées les considérations fourre-tout des « cultures du monde », et que soient rendues satisfaisants et efficaces les canaux de distribution, ainsi que l’accès au marché. Ce qu’affirment tous les intervenants, est bien la sortie définitive de la marge.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des dimensions, celle de l’international : les centres culturels du monde entier, les services culturels des représentations nationales disposent, enfin, d’un guide sûr qui offre des perspectives à la diversité, et à la sortie des seuls réseaux d’influence ou bien de compagnonnage. L’identification des ressources existantes devrait permettre aux institutions en capacité de promouvoir des événements culturels, de pouvoir prendre contact avec des artistes émergents, et non plus seulement des valeurs reconnues, dont la trajectoire a longtemps été un long chemin d’embûches, de débrouille et d’action énergique, contre l’ouate de l’indifférenciation. Dany Laferrière, à sa manière à la fois gracieuse et ironique, l’affirme dans une recommandation en dix points, souriante, mais qui laisse deviner la douleur, voire la rage pudique. Jenny Alpha pouvait aussi en témoigner, qui fut contenue longtemps dans des rôles de soubrette. C’est une porte d’entrée à la reconnaissance internationale, qui en appelle à d’autres points d’appui que la capitale française, que lance le Guide, identifiant ainsi un mouvement qui prend depuis quelques années l’allure d’une vague de fond.

Mais ce Guide est aussi devenu, pour les cultures, les artistes et les institutions d’Haïti, le codex d’une part de sa mémoire. Le séisme du 12 janvier 2010 a laissé le pays exsangue, et qui, six mois après, peine à retrouver ses marques. Artistes emportés, institutions par terre, studios éventrés, ateliers ensevelis… Tel est actuellement le paysage. Le Guide, en recensant ce qui existait, rend hommage à la qualité, c’est-à-dire à ce qui fait événement et émerveillement depuis 1804, et qui a participé de façon si particulière aux bouleversements esthétiques que le XXème siècle a connus. Après avoir été origine matricielle de formes et de forces culturelles, ce qui est déjà assez invraisemblable si l’on rapporte la richesse de ce flux à la pauvreté réelle de la majorité de ses habitants, comme le rappellent encore trop souvent des approches naïves, il n’est pas anormal de considérer que ces mêmes embryons d’institutions et les artistes reçoivent de la part du monde. Le Guide saura faciliter les invitations, les participations croisées aux efforts, réels, de reconstruction des consciences, et participer à la refondation d’institutions renouvelées.

L’année de l’Outremer, en 2011, devrait justement montrer toutes les qualités de cet ouvrage, qui en sera comme un noyau matriciel de la communication et de l’information.

Mercredi 6 Octobre 2010
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