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Haïti dans le monde

Haïti : Les écrivains haïtiens et les grands prix littéraires français

C’est la deuxième fois qu’un écrivain haïtien reçoit l’un des quatre grands prix littéraires français, c’est-à-dire le Goncourt, le Renaudot, le Médicis et le Femina. Le premier écrivain haïtien à avoir obtenu l’un de ces quatre prix a été René Depestre en 1988 avec le roman Hadriana dans tous mes rêves (Gallimard). Le deuxième écrivain haïtien est Dany Laferrière qui a été récompensé le mercredi 4 novembre 2009 avec l’attribution du Médicis pour son roman L’énigme du retour (Grasset).



C’est la deuxième fois qu’un écrivain haïtien reçoit l’un des quatre grands prix littéraires français, c’est-à-dire le Goncourt, le Renaudot, le Médicis et le Femina. Le premier écrivain haïtien à avoir obtenu l’un de ces quatre prix a été René Depestre en 1988 avec le roman Hadriana dans tous mes rêves (Gallimard). Le deuxième écrivain haïtien est Dany Laferrière qui a été récompensé le mercredi 4 novembre 2009 avec l’attribution du Médicis pour son roman L’énigme du retour (Grasset).

Je viens de consacrer au cours des cinq semaines qui viennent de s’écouler deux articles dans les colonnes de l’hebdomadaire haïtiano-américain Haitian Times www.haitiantimes.com publié à New York, articles intitulés « Sommes-nous en train de vivre l’âge d’or de la littérature haïtienne ? ». Je voulais montrer qu’au cours de ce dernier quart de siècle, une nouvelle génération d’écrivains haïtiens de l’intérieur et de la migration ont produit des oeuvres fortes qui ont dépassé les traditionnelles thématiques de la littérature haïtienne et alterné des poétiques individuelles à des thèmes majeurs de l’expérience haïtienne comme l’exil, la migration, les violences locales et internationales, l’expérience féminine, etc. J’ai aussi montré que l’éclosion de ces oeuvres haïtiennes fortes allait de pair avec une situation intérieure politique, économique et sociale d’une société totalement en faillite.

J’ai fait remonter à l’année 1985 l’éveil de cette nouvelle génération d’écrivains avec la parution du roman de Dany Laferrière Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (Montréal, VLB, éditeur). Au-delà du sensationnalisme du titre, ce roman a marqué une nouvelle manière de voir la littérature de la part des écrivains haïtiens. C’était le premier roman de Dany Laferrière. Il était chargé d’ironie, les thèmes de race et de sexe semblaient constituer le soubassement de l’édifice, mais Laferrière apportait une nouvelle voix dans la littérature haïtienne tout comme dans la littérature québécoise. Le roman connut un succès remarquable au Québec et Dany était lancé. Il allait publier entre 1985 et aujourd’hui pas moins de quinze romans les uns tout aussi remarquables que les autres dont L’Odeur du café (1991), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ? (1993), Pays sans chapeau (1996), Le charme des après-midi sans fin (1997), Vers le Sud (2006), Je suis un écrivain japonais (2008), L’énigme du retour (2009)...

Trois ans après le roman qui lança Dany Laferrière, René Depestre, une des gloires littéraires d’Haïti, surprit tout le monde en décrochant le prestigieux Renaudot avec Hadriana dans tous mes rêves. Ce roman était tout à fait à l’opposé de celui de Laferrière par le thème (le réalisme magique cher à certains écrivains de l’Amérique latine), la langue (classique, quoique étincelante) et la vision du monde. Mais l’establishment littéraire parisien était conquis par ce roman qui était de plus publié par l’une des plus célèbres maisons d’édition de la capitale française, Gallimard. Jusque-là, aucun écrivain haïtien (sauf Jacques Stephen Alexis et sa trilogie célèbre Compère Général Soleil (1955), Les arbres musiciens (1957) et L’espace d’un cillement (1959) et Marie Chauvet Amour, Colère et folie (1968)), n’avait été publié chez Gallimard. Car le talent ne suffit pas quand il s’agit de briller sur la scène littéraire parisienne. Il faut aussi avoir des contacts bien placés. Depestre en avait. La combinaison des deux a assuré l’attribution du Renaudot à Depestre. Plus de vingt ans après sa publication, Hadriana dans tous mes rêves reste un petit joyau de la littérature haïtienne et il reste que Depestre mérite son Renaudot.

Entre-temps, les écrivains haïtiens multipliaient d’autres prix littéraires à l’étranger, en France, aux États-Unis, au Québec, à Cuba...La culture haïtienne devenait incontournable dans le monde, mais sa réalité tragique se manifestait aussi aux yeux de la terre entière. C’est dans ce contexte que Dany Laferrière décrocha le Médicis le mercredi 4 novembre 2009 pour son roman L’énigme du retour (Grasset). Ce n’était pas la première fois que Laferrière publiait chez Grasset, une autre prestigieuse maison d’édition parisienne. En 2006, il avait fait sortir Vers le sud et, en 2008, il avait fait paraître Je suis un écrivain japonais. Donc, Laferrière connaissait du monde chez cette puissante maison d’édition parisienne. Le 24 octobre dernier, il passait chez Michel Drucker à la célèbre émission de télévision Vivement dimanche en compagnie du ministre de la culture, Frédéric Mitterand,et de Jean d’Ormesson de l’Académie française. Il se confirmait donc qu’en plus de son talent immense, Dany Laferrière avait aussi des contacts puissants. Rien ne pouvait donc l’arrêter. Désormais, les écrivains haïtiens, à talent égal avec d’autres écrivains, peuvent rivaliser avec eux sans handicap dans la quête de n’importe quel grand prix littéraire français. Signalons que, le 16 novembre dernier, l’écrivain haïtien Lionel Trouillot a reçu le prix Wepler en France pour son roman Yanvalou pour Charlie (Actes Sud) et que Dany Laferrière a reçu, après le Médicis, deux autres prix littéraires dans son pays d’adoption pour le même roman qui a gagné le Médicis : le Grand Prix du Livre de Montréal et le prix Métropolis.

On a dit que Dany Laferrière et René Depestre ont été dans une certaine mesure récupérés par le Québec et la France respectivement et certains particuliers haïtiens ont exprimé leur mécontentement à l’égard de ces deux sociétés qui, disent-ils, nous ravissent nos meilleurs artistes. En réalité, dans la mesure où ces deux écrivains sont devenus des citoyens canadiens et français, il est tout à fait logique qu’ils soient considérés comme des citoyens à part entière de ces deux sociétés. Strictement parlant, il n’y a pas de récupération. Le problème se situe davantage au niveau des écrivains concernés, partagés entre des identités multiples. Nous entrons ici dans une des problématiques les plus cruciales de notre époque où l’individu fait face aux identités assignées et est forcé de créer constamment sa propre identité au gré des circonstances, des situations nouvelles, des facteurs imprévus. Dany Laferrière y a répondu avec élégance, ironie et son humour habituel avec la publication l’année dernière de son roman intitulé Je suis un écrivain japonais (Grasset). Quant à René Depestre, à ma connaissance, il n’a pas touché à cette question jusqu’à présent, du moins dans ses oeuvres de fiction. Et maintenant, la grande question : Le Goncourt à un écrivain haïtien, c’est pour quand ?

Liste à laquelle nous prenons la liberté d’ajouter le prix RFO 2009 attribué à Yanick Lahens pour La couleur de l’aube (Sabine Weispeiser éditeur) et le grand prix littéraire Caraïbe de l’ADELF (Association des Écrivains de Langue Française) 2009 décerné ex aequo à Emmelie Prophète pour son roman Le testament des solitudes publié chez Mémoire d’encrier.

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Vendredi 8 Janvier 2010
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