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Haïti dans le monde

Entretien de Mario Benjamin avec Pascal Goffaux (RTBF)



L’artiste haïtien, Mario Benjamin investit le Muséum du Botanique (Bruxelles) avec une seule installation.

 « Mario Benjamin, un artiste du monde. Aucune référence à l’imagerie des peintres naïfs haïtiens inspirés par les représentations du Vaudou. L’artiste présente une installation contemporaine. Un énorme parallélépipède rectangle évoque sans doute une serre couverte de carreaux de plexiglas. La lumière, à l’intérieur de cet espace clos, varie d’intensité suivant le volume sonore. La bande son réalisée par Todor Todoroff mêle en direct des bruits de la ville enregistrés par des capteurs placés à l’extérieur du Botanique. »


Mario Benjamin : Je n’ai jamais été tributaire de cette imagerie. J’étais plutôt dans un schéma plus conventionnel.  J’avais comme repère (avant tout) l’art occidental comme celui que l’on m'avait appris à valoriser. Ça ne signifie pas que je n’étais pas ouvert à ce qui se passait chez moi, dans mon pays. Mais j'ai eu mes plus grands chocs dans des lieux officiels d’arts : les musées, les galeries, les biennales... Je les ai surtout vécus en dehors d’Haïti.
Disons que chez moi, il y a des choses qui m’impressionnent tout autant, mais elles ne sont pas enfermées dans la réalité des arts visuels. Ce sont des expériences de rues, c’est le carnaval, ce sont les raras … Il ne s’agit pas du tout d’une négation de ce que ma culture m’a apporté. Je n'inscris pas ma réflexion dans un propos identitaire et dans la  nécessité de s’attacher. S’attacher à quoi d’ailleurs ?  Ce serait s’attacher à un mensonge.
 
PG : On sent qu’il y a un rapport presque phénoménologique au monde. Quand on perçoit votre  installation de l’extérieur, - c’est un grand cube fermé de lumière – le spectateur est pris dans les sensations.

Mario Benjamin : C’est le projet. L'espace du Botanique fait partie du projet. Quand je l’ai architecturé, j’ai constamment pensé à ses fers forgés et à la mise en valeur de cet espace.
 
PG : C’est un grand cube clos ?
Mario Benjamin : Non, c'est simplement un parallélépipède.
 
PG : Avec un ensemble de verres carrés opaques. La lumière est à l'intérieur.
Mario Benjamin : Opaque n’est pas le mot. Translucide, je dirais. Ce sont des plaques de plexiglas sur lesquelles est imprimé un détail photographique.
 
PG : Presque un motif floral,  non ?
Mario Benjamin : Un motif c’est le mot. Je joue beaucoup  sur le multiple et l’aléatoire.

PG : L’éclairage qui vient de l’intérieur fait apparaître des ombres, presque des silhouettes.
Mario Benjamin : L’éclairage est constitué de plusieurs pistes de lampes sensibles aux sons. La relation que j’ai avec l’espace, les choix que je fais dans mes installations, viennent de mes activités de peintre. J’ai le souci d’habiter le lieu par des tonalités. J'ai le souci du tragique aussi.
 
PG : Il y a presque un aveuglement hypnotique par la lumière, un éveil constant des sens, et  une part d’ombre également. Est-ce cette part d'ombre que vous conviez ?
Mario Benjamin : Je crois que vous avez identifié quelque chose : la part des explorations   spirituelles que j’ai faites dans ma vie. J’ai beaucoup erré dans des lectures sur l’illumination de Bouddha, qui passe entre autres par les mantras, ces sons que l’on utilise pour méditer. En fait ces coups de marteau sont des mantras. C’est méditatif finalement,  ils reviennent tellement.
 
PG : Ces sons, vous les avez pris dans le quartier ?
Mario Benjamin : Pas ceux-là. Il s’agit de vrais coups de marteaux que nous avons enregistrés. Ils ne sont pas artificiels. Ces sons, contrairement aux autres que vous pouvez entendre, ne sont pas captés autour du Botanique.
 
PG :  Ils sont percussifs et en même temps nous sommes dans une enveloppe sonore.
Mario Benjamin : Nous avons travaillé à cela. Todor Todoroff m’a beaucoup aidé. Il s’est agi de définir plusieurs seuils. Le seuil où je ne voulais pas que la lumière aille et jusqu’où telle sonorité pouvait agir sur la lumière. Cela crée une certaine transparence entre la sonorité et la lumière. J'ai eu le souci de désaxer, de créer des profondeurs de manière subtile. Ce que l’on retient, c'est le dialogue permanent ente les sonorités et la lumière. C’est un  mouvement.
 
PG : Ces basses fréquences, on les prend dans le ventre.
Mario Benjamin : J’avais exprimé dès le départ le souci de ne pas forcément avoir une atmosphère sonore agréable. Cette sonorité peut s'avérer hypnotique. Ça en est même troublant. On peut rester accrocher à ce seul son, sans savoir pourquoi.  Pourtant, ces coups de marteaux ne sont pas les seuls sons de l'installation.
 
PG : Une installation de Mario Benjamin est une expérience pour le spectateur !
Mario Benjamin : Cette expérience sera furtive. Les expériences sonores et lumineuses vécues au travers de cette installation seront à chaque fois différentes. Les sons captés en direct depuis le parc du Botanique et l'autoroute donnent à cette installation sa dimension de l'immédiateté, ponctuée par des coups de marteaux permanents.
 
PG : On parle de tragique, de la tragédie de l’histoire. Vous êtes Haïtien. Est-ce que vous avez une sensibilité particulière ?
Mario Benjamin : Je suis né en Haïti. J’habite à Port-au-Prince.
 
PG: Ce sens du tragique n’est pas différent ?
Mario Benjamin : Je suis avant tout un être humain. Est-ce qu’un Haïtien a une sensibilité plus exacerbée que les autres ? Sans vouloir nier la réalité de la précarité dans laquelle vivent les gens de mon pays ; réalité qui n’est pas forcement la mienne - je ne suis pas riche et je ne suis pas affamé non plus - Je crois  à une chose importante : même dans cette précarité, il y a une force morale, il y a un enthousiasme. Ce n’est pas une réalité où les gens parlent toujours de défaite, où ils sont  toujours en train de larmoyer. Non. Haïti est plus subtile que cela.
 
Je veux bien que l’on cherche Haïti dans l’installation du Botanique. Je le comprends. D’ailleurs, moi-même, j'y ai pensé. Il y a un certain malaise que l’on peut avoir face à cette installation. C'est le malaise que j’ai actuellement par rapport à la médiatisation du tremblement de terre, du 12 janvier 2010. Comme je vis du dedans, je me rends compte que l’on occulte une part de la réalité. Quand on parle d'une catastrophe comme celle de Haïti, on veut absolument focaliser l’attention sur l’abominable et le sensationnalisme. Dans ce projet, la sonorité est un peu cela. Elle se renouvelle, elle va vers l’avant, elle bouge. Par son côté répétitif, elle peut être agaçante aussi. C’est un dialogue entre l'enveloppant et le malaise.
 
PG: Le critique, Simon Njami dit de vous : « Il est dans un pays où son expérience de l’absurde le pousse au conflit et à la folie. Il est obligé de se recréer ». Comment réagissez-vous ?
Mario Benjamin : Il fait allusion à quelque chose de très prosaïque, de très réel dans ma vie. Je gère des épisodes psychotiques. Au fil des années, j’ai appris à les considérer comme un capital. À une autre époque, on les aurait considérés comme des expériences mystiques. Quand une personne se prend à certains moments pour Dieu ou Jésus Christ,  elle développe une relation à l’immensité, qui demeure. C’est une richesse. Ce rapport vaste et intense aux choses, je les ai eus aussi avec la vie. Il est bien clair que la réalité haïtienne n’a pas favorisé mon calme psychique. Certaines œuvres ont dû passer par trop de violences pour exister, à cause justement de la distance entre le public et moi, sur le plan des références qui constituent ma réflexion.
 
Bruxelles, mercredi 22 septembre 2010
Transcription David Bruchon

Écouter l’entretien sur la RTBF

Jeudi 17 Février 2011
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